samedi 26 avril 2014

Le livre original "Pierre Pillon, un soldat en 14-18" a obtenu le 4ème prix départemental remis par l'Office National des Anciens Combattants pour le concours des "Petits Artistes de la Mémoire".

Une édition du livre est disponible à la Bibliothèque municipale de Dinan

De nouveaux éléments sur la vie de Pierre Pillon dans les tranchées avec des éléments communiqués en juillet 2014 (voir en bas de cette page la correspondance de F.Bois)

Le carnet a été exposé avec les autres lauréats de l'académie au rectorat de Rennes en novembre et décembre 2014


Retrouvez cette histoire dans l'édition du Petit bleu du 8 mai 2014
http://www.le-petitbleu.fr/2014/05/09/le-poilu-pillon-ressuscite-par-des-ecoliers/

et dans le Télégramme du samedi 28 juin 
http://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/dinan/index.php


Dessin de couverture, Calypso.



Je m’appelle Jean Pillon, je vous présente tout de suite mon père car c’est son histoire que je vais vous raconter. Pierre Pillon est né le 18 octobre 1881 à Eréac dans les Côtes-du-Nord. Sa mère s’appelait Adèle Nicolas et son père s’appelait lui aussi Pierre, il était instituteur. Plus tard, il se marie avec Marie-Françoise Lucas à Pluduno en 1907, il fait la classe dans cette commune  d’octobre 1900 à Août 1907. Moi je suis né le 2 juin 1908.



En 1907, mon père est nommé à l’école des garçons de Dinan et ma mère à celle des filles de la rue de la Garaye. C’est à la maternelle de cette école que j’irai en 1910.
Nous habitons dans les étages de l’école Chauffepieds où ma mère travaille à partir de 1908.



Mon père a la classe du cours élémentaire. Dans sa classe de CE2, il y a 40 élèves, c’est beaucoup ! Il a comme directeur M. Honoré le Dû. C’est une belle école avec des tilleuls dans la cour mais mon père ne va pas y rester longtemps !



Au début du mois d’août 1914, la guerre est déclarée. Mon père avait fait son service militaire à St Malo du 14 octobre 1902 au 12 septembre 1903 au 47ème  Régiment d’Infanterie. Il a maintenant 33 ans. Nous sommes le 12 août et il part de la gare de Dinan pour rejoindre le 25ème Régiment d’Infanterie à Cherbourg.
Nous étions si heureux tous les trois ! Il va nous manquer et on va lui manquer aussi…Maman est fatiguée, elle va bientôt accoucher. Papa ne sera pas là à la naissance du bébé qui arrivera le 21 septembre 1914… Mais il faut défendre la Patrie ! 



    Dans le régiment de papa il y a 3307 hommes, lui est soldat de 2ème classe.



     

    Chaque fois que l'on reçoit des cartes, on ne voit que des villes détruites !



Il envoie des photos comme celle où il regarde les lignes ennemies, bien caché derrière des murs solides faits avec des briques qu’ils ont repris d’une vieille maison.Sur cette autre photo, il est avec ses camarades au fond d’un trou formé par une bombe. On le reconnaît bien au milieu, avec sa moustache.

 


C’est la première bataille le 22 août, une terrible bataille et à l’appel le soir 1200 hommes manquent, beaucoup d’officiers aussi sont morts (extrait de l’histoire du 25èmeRI). 



Papa écrit beaucoup comme ça je peux savoir comment ça se passe pour lui. Il m’écrit que la nourriture n’est pas bonne, contrairement à celle de maman. Je n’ai que 6 ans mais moi aussi, je lui écris.

J’ai reçu une lettre le 16 novembre 1914. Papa me dit que c’est gentil que je pense à lui. Il me recommande d’être bien sage et obéissant sans cela il ne me rapportera pas un beau casque à pointe, un casque de boche. Il le garde dans son sac.



21 décembre 1914. « Nous avons tué beaucoup de Prussiens et nous avons fait beaucoup de prisonniers. Tu en verras peut-être arriver quelques uns à Dinan. En as-tu vu quelquefois ? »




23 décembre 1914 « C’est demain que le père Noël fait sa tournée dans les cheminées et qu’il met des jouets dans les sabots des petits enfants sages…Tu me diras donc ce que tu as trouvé dans tes sabots… ».

4 janvier 1915 « J’ai vu les boches qui travaillaient dans leurs tranchées. Nous sommes tout près d’eux et je vois très bien briller leurs casques à pointes. »

11 janvier 1915 « Je reviens des tranchées mais je ne suis pas très beau. Je suis couvert de boue et je te ferais peur si tu me voyais dans cet état…»

Moi, je n’aimerais pas être à sa place !



J’ai envoyé une carte avec un aéroplane. Papa m’a répondu le 13 janvier 1915 : «Les aéros des boches s’appellent des taubes, quand nous les voyons nous nous cachons parce qu’ils nous enverraient des bombes »



Un jour il a écrit quelque chose de terrible : "J'ai tué mon premier boche...Je n'étais pas habitué à tuer des personnes à l'école...pas habitué à voir des corps par terre, la première fois ça m'a choqué..."



21 janvier 1915 « J’ai bien reçu ton courrier ce matin. Les mandarines et les dragées étaient délicieuses…Ce soir quand il va faire nuit j’irai encore dans mon terrier, il n’y fait pas bon tu sais car il pleut tous les jours, et puis il y a un boche qui nous envoie toujours des coups de fusil. Nous l’appelons Dominique…Il est je crois dans une des maisons de Beaurains. Ces jours-ci les maisons sauteront alors tu parles, qu’est-ce qu’il prendra le pauvre Dominique !

23 janvier 1915: « Dominique est toujours caché dans son petit coin et toujours le bougre nous envoie des coups de fusil »…

25 janvier 1915 : « Nous avons mis le feu dans les maisons de Beaurains. Je crois que Dominique a grillé comme une saucisse ! »



7 mars 1915
Mon petit Jean,
J’ai bien reçu ta lettre hier soir. Tu me racontes que tu as joué à la guerre avec tes camarades mais mon petit caporal, as-tu fait des prisonniers, as-tu tué des boches ? Tu n’en parles pas ! As-tu creusé des tranchées, es-tu en première ligne ou en seconde ligne ? Je ne peux te trouver de casque.
Ces jours-ci quand nous cognerons sur les boches nous en aurons tout plein.
Je t’embrasse bien fort mon gros Jeannot

Ton papa qui t’aime bien


20 août 1915 : « Me voici en pleine forêt, dans une grande forêt où on ne rencontre plus de loups, mais où il y a beaucoup de boches.
Je me suis battu plusieurs fois depuis mon arrivée ici et le terrain est couvert de cadavres boches, de fusils, de sacs, de casques, tout cela parmi les arbres que les obus ont brisés…. »



On le décrit en 1915 comme « sérieux, consciencieux et calme, intelligent et énergique, bon officier, brave ». Il commande une section. C’est un peu comme dans sa classe mais là c’est la guerre.Il est nommé sergent le 5 juin 1915, puis à titre temporaire sous-lieutenant le 23 juin.
Ses chefs apprécient son comportement. Le 30 juin 1915, il est cité à l'Ordre de la Brigade : " Se présente constamment comme volontaire pour chercher les blessés sur le champ de bataille. S'est particulièrement distingué les 3 et 11 juin en ramenant plusieurs blessés".



Je suis inquiet car papa est blessé à la main gauche par un éclat d’obus. Nous sommes le 19 juillet 1915. J’ai peur que sa plaie s’infecte. Mais quand il envoie sa photo dans son lit et qu’il est convalescent je me dis qu’au moins il n’est pas dans les tranchées à risquer sa vie…Papa a encore été blessé mais le 3 janvier 1916, rentré de convalescence, il est réaffecté à la 7ème compagnie. Il retrouve les autres officiers du 2ème bataillon : Brunet, le lieutenant et Colin, l’autre sous-lieutenant comme lui.
Ce qui doit lui remonter le moral c’est que le 31 août, il est cité à l’ordre du régiment : " A dirigé le 30 août 1916, avec bravoure, intelligence et sang-froid une reconnaissance périlleuse de la ligne ennemie ; a rapporté des renseignements précis. "



Les rares moments où papa n’est pas dans les tranchées, c’est qu’il est blessé ou qu’il revient en permission à Dinan. Ce n’est pas assez souvent mais on passe de bons moments. On va au kiosque à musique de la place Duguesclin ou on se promène le long des remparts.



En septembre 1916, le régiment se déplace pour l’offensive de la Somme à Chilly. C’est une terrible bataille et ce n’est pas fini. En octobre, dans le journal de campagne de son régiment, on peut lire que les hommes ont été repoussés dans la tranchée du saucisson et dans le boyau du sommeil. On rejoint une tranchée par un boyau. Dans le Bois de Chaulnes, on a aussi les tranchées du sagouin, du sofa, de Guillaume et les boyaux du sultan, du soupçon...

 


Ses camarades sont tombés un par un au combat dans les bombardements sur le village de Méharicourt. Brunet est tué le 6 août et Colin blessé grièvement. Alors en octobre 1916 il prend le commandement de la 10ème compagnie du 3ème bataillon; Il reçoit encore des compliments : « d’un jugement droit et sûr, payant de sa personne, montrant l’exemple en toutes circonstances… »



En janvier 1917, pendant 5 semaines, le régiment de papa est au camp de Crèvecoeur-le-grand, dans la neige et le froid. Parfois il fait 10 degrés en dessous de 0. Ensuite il faut aller en Champagne, dans le secteur de Prosnes, au Mont Cornillet.



Le 21 mai 1917, la 10ème compagnie participe à une nouvelle offensive sous le feu des mitrailleuses allemandes. Elle est en première ligne. Elle atteint son objectif mais doit se replier devant une contre attaque immédiate…Elle perd ainsi une bonne partie de son effectif. Tout le monde ne revient pas, surtout la personne qui compte le plus au monde pour moi.
Le lieutenant a été tué !
C’est le sous-lieutenant Désiré qui prend provisoirement le commandement de la compagnie.
Pierre Laveissière, lieutenant, Arthur Lemière, brancardier et Charles Hamon, soldat de 2ème classe sont les trois témoins de sa mort  sur le champ de bataille à 4 heures, ce 21 mai 1917 à Prosnes dans la Marne. 



La tombe de papa est provisoirement creusée, pas très loin du front, nous sommes allés la voir avec maman. Plus tard on rapportera son corps à Plancoët…
Dans le journal de Dinan, il y a eu un petit article pour parler de sa disparition….



Le 23 mai, avec 18 officiers et 460 hommes en moins, le régiment quitte la région des Monts, se repose pendant trois semaines et part pour Verdun.
L’enfer, toujours l’enfer ! Beaucoup vont tout droit vers la mort !


Avec mon frère, nous avons été adoptés par la nation le 2 octobre 1918, c’est ce qu’on dit pour les orphelins quand votre père a été tué à la guerre. Un mois plus tard, le 11 novembre 1918, c’était l’Armistice….Enfin ! Mais à Dinan 273 soldats sont morts à cause de cette guerre. Ils auront leur nom sur le monument aux morts inauguré en 1922.
Maintenant maman s’habille tout en noir.


Je me suis rendu compte plus tard en lisant l'historique du 25ème R.I. que papa était un peu célèbre. On parle de lui au moment de l'attaque du Mont Cornillet le 21 mai 1917: « Pendant quatre heures, malgré l'hécatombe terrible, officiers et soldats rivalisent d'ardeur et de ténacité. Le lieutenant Pillon, commandant la 10ème compagnie, trois fois blessé, continue ses tentatives d'approche jusqu'à ce qu'il soit tué par une balle dans la tête. C'est ce brave qui, la veille, avait répondu à celui qui lui faisait remarquer sa ténacité dans ses reconnaissances personnelles en avant des lignes : " Je ne m'exposerai jamais assez si j'évite la perte d'un seul de mes hommes. »


Le 28 novembre 1919, papa a reçu la Croix de Chevalier de la légion d’Honneur.  Le colonel Rauch, commandant le 25ème RI, a écrit plein de compliments sur lui….

Il nous reste aussi son grand portrait. C’est un montage que M.Dubois de Dinan a fait. Il a utilisé une photo d’identité et la médaille a été ajoutée.


A l’école des garçons, la mairie de Dinan a fait poser une plaque en marbre pour qu’on se souvienne de ce courageux soldat ….
Peut-être qu’un jour, dans bien longtemps, on se demandera qui était Pierre Pillon ? Qui leur répondra ?







Les réactions :

"Très beau travail et très intéressant".
Didier Lechien, maire de Dinan

"Un travail intéressant et surtout agréable à lire.
Vraiment toutes mes félicitations pour cet investissement  …. 
Le résultat est superbe"
Brigitte Balay, adjointe au maire

"Enthousiasmant ... belle réalisation...le travail réalisé avec les élèves mérite d'être reconnu et encouragé ! Je suis très contente qu'il trouve sa place à la Bibliothèque. BRAVO encore !"
Cyrille Desramé, adjointe au maire

"Beau travail !!!"
Lydie Patry, conseillère municipale

"Tout ce qui touche la guerre de 14 est émouvant et bien qu'elle soit éloignée maintenant de 100 ans, les récits la concernant sont toujours poignants.
Peut-être est-ce dû au fait que nous avons tous conscience qu'au delà du nombre effarant de victimes, elle a été un gâchis impardonnable pour l'Europe.
Félicitations pour ce travail de mémoire et la participation des enfants"
 Alain Montagnon, président de l’association « Dinan Patrimoine »

"Quel magnifique travail, très poignant et émouvant. Quel que soit le résultat, c’est déjà une belle aventure historique pour la classe."
Johanna Virel, bibliothèque municipale

"C'est un très beau travail…. Félicitations, c'est toujours un grand plaisir de voir les hommes revivre ; surtout quand c'est avec un souffle de bienveillance qu'ils reviennent vers nous. L'histoire du récit de cet homme doit certainement être une grande aventure qui marquera les élèves."
Gilles Bourrien, professeur d’histoire à Dinan


"Bravo pour ce très beau travail, bravo au maître et bravo à tous les élèves de la classe !"
Jean-Pierre Pillon

  

Les photos de la cérémonie de remise du 

4ème prix départemental

A gauche Jean-Pierre Pillon, au milieu Loïc René Vilbert (directeur de la bibliothèque       municipale), M.Lixon (Office des anciens combattants), Richard Fortat
   à droite Mme Elisabeth Cassany (conseillère municipale) et Mme Catherine Lechien

      La classe de CM2 (Anouck, déléguée de la classe, tient un des cadeaux) .... On aperçoit M.Charles Pasino (conseiller municipal), à l'arrière plan. 

      Jean-Pierre Pillon devant le portrait de son grand-père


Les livres offerts à la classe pour le 4ème prix départemental



Une grande photo et un article complet dans Le Télégramme





     Le Petit bleu 3 juillet 2014




Ces documents ont été envoyés en juillet 2014 par M. Christian Labellie qui a travaillé sur l'histoire de poilus de Pléneuf et en particulier sur celle d'un instituteur, François Bois. Le nom de Pillon est revenu à la surface par un article de presse et M.Labellie a fait le rapprochement avec celui dont parlait François Bois dans ses correspondances. Les deux soldats se connaissaient bien puisqu'ils étaient instituteurs à l'école des garçons de Dinan à la même époque. 
                                              François Bois (une rue porte son nom à Pléneuf)                    

Tous nos remerciements à M.Labellie (pour sa transcription), à Michel Grimaud (généalogiste et historien local qui a transmis ces correspondances à M.Labellie) et la famille de François Bois qui nous autorise à publier ces extraits de lettres. 

Lettres de guerre de François Bois
dans lesquelles il fait mention de Pierre Pillon
instituteur à Dinan et lieutenant de réserve au 25ème Régiment d’Infanterie


Jeudi soir (lettre de 1914 sans précision de jour ni de mois ; vraisemblablement du mois de septembre). François Bois, adjudant de réserve est arrivé au 47ème RI à St Malo, suite à l’ordre de mobilisation générale, le 20 août 1914). Lettre à sa mère.
« …Pillon a dû rentrer aujourd’hui à Cherbourg… »

19 janvier 1915 lettre à sa mère (Expédiée de St Servan, 47ème d’Infanterie)
« …Pony est parti ce matin pour Rennes où il va passer environ 1 mois pour devenir plus tard officier. Cela le met à l’abri pour quelque temps. Pillon m’a écrit la semaine dernière. Il est toujours dans les tranchées et à part les accidents trop fréquents de son nouveau métier il s’y porte bien… »

Jeudi matin (lettre sans quantième de février 1915. Toujours à St Servan) Lettre à sa mère
« …Pillon toujours au feu et s’y porte bien. Mahé parti en même temps que lui a été nommé sous-lieutenant dernièrement. On est toujours sans nouvelles de Le Moing… »

6 juillet 1915 lettre à sa mère
« …M. Pillon a été nommé adjudant… »

27 décembre 1915 (il est alors à St Florent et Varades) Lettre à sa mère
« …je pars ce soir pour Dinan en permission de 4 jours…Monsieur Pillon est actuellement en permission à Dinan. Je vais avoir le plaisir de le rencontrer… »

31 décembre 1915 (de Dinan) Lettre à sa mère
«  …Je suis arrivé ici mardi matin à 9 heures. J’étais parti à 5 heures du soir de Varades. J’ai vu Pierre Pillon  qui est guéri de sa jaunisse. Il est parti ce matin pour rejoindre son régiment au front. Il avait 7 jours de convalescence … »

Lundi 17 janvier 1916 (Il est à Ancenis, instructeur pour la classe 17 : 120ème d’Infanterie 25ème Compagnie) Lettre à sa mère
« …M. Pillon est retourné aux tranchées. Il ne doit pas y faire chaud… »

Samedi 7 octobre 1916 lettre à sa mère
« …ma permission s’est bien passée. Pas d’incidents de voyage. Pierre Pillon était reparti le dimanche précédent pour le front… »

Mercredi 14 mars 1917 (Il est depuis le 21 février à la 14ème Compagnie du 277ème d’Infanterie) Lettre à sa mère
« …M. Pillon est en permission. Il doit être maintenant tout près du retour… »

Vendredi 16 mars 1917 lettre à son fils Georges (13 ans)
« …Monsieur Pillon est sans doute bien près de reprendre le train pour le front. La perspective n’est pas fort agréable mais plutôt d’une cruelle nécessité. Il est vrai qu’il est encore commandant de compagnie c’est le paradis à côté de la vie du simple poilu… »

Le 22 mars 1917 l’adjudant François Bois est passé de la 14ème à la 15ème Compagnie du 277ème régiment d’Infanterie. Il a dû avoir une permission début avril et pendant la dernière quinzaine de ce mois cette compagnie est cantonnée à Tremblois / Laneuvelotte à proximité de Nancy.

1er mai 1917 lettre à sa mère
« …Francine [sa femme] m’écrit ce soir que M. Pillon est parti pour venir de ce côté ci peut être. C’est avec plaisir que je le verrais à nos côtés… » toutefois dans une lettre du lundi 7 mai il écrit « …nous déménageons demain mais nous ne savons où nous allons… »

Samedi 12 mai 1917 lettre à sa mère
« …Depuis trois jours nous sommes arrivés. Nous ne savons toujours pas où nous irons définitivement. Pour le moment c’est le régime de Villeseneux [localité à une vingtaine de kms S-O de Chalons-sur-Marne]…sans doute que d’ici une semaine nous prendrons un secteur dans ces régions. Peut être alors…aurai-je l’occasion de rencontrer le camarade Pillon … »

Dimanche 20 mai 1917 lettre à son fils Georges
« …Nous ne savons toujours point quel secteur nous allons prendre mais sans doute très voisin de celui de M. Pillon … »

26 mai 1917 lettre à sa mère
« …Nous sommes montés aux tranchées avant-hier. Comme j’allais reconnaître le secteur je trouve le fils Boisnet de Lamballe. Je lui demande des nouvelles de M. Pillon. Il me répond Nous venons de l’enterrer il y a une heure. Le lieutenant qui commande sa compagnie est un ancien professeur de l’Ecole supérieure de Dinan. Je lui ai causé. Il m’a raconté que M. Pillon atteint de 3 blessures ne voulait pas se laisser évacuer. Il a été alors tué d’une balle en pleine tête. Au moment où depuis le début de la campagne j’allais le trouver il faut que ce soit sa mort que l’on m’annonce. J’ai monté aux tranchées avec un cafard monstre. Revenu depuis hier près des cuisines roulantes je ne suis qu’à 5 kms du patelin où on l’a inhumé. Je ferai tout mon possible pour aller sur sa tombe un de ces jours. J’ai écrit aussitôt à l’Inspecteur primaire. Je n’ai pas voulu annoncer cette triste nouvelle à Mme Pillon … »

Lundi 28 mai 1917 lettre à son fils Georges
« …Tu me parlais de l’attaque faite par le pauvre Pierre Pillon. Trop brave il n’a pu en sortir vivant. Peut être vais-je aller cet après-midi sur sa tombe du moins je ferai tout mon possible car je ne peux m’absenter lorsque le margis n’est pas là… »

30 mai 1917 lettre à sa mère
« …J’ai été il y a trois jours sur la tombe de M. Pillon. Elle est entourée d’un cadre peint en blanc. Sur la croix est inscrit son nom avec la date du 21 mai 1917. Deux jolies couronnes ornées d’un ruban tricolore ont été déposées l’une offerte par ses camarades l’autre par ses soldats. Madame Pillon connaît cette triste nouvelle maintenant. C’est Francine [femme de François Bois] qu’on a chargé de lui annoncer. Peu agréable corvée mais devoir nécessaire. Je devais y retourner aujourd’hui et lui porter quelques fleurs. Je ne le pourrai point ayant eu deux chevaux tués hier soir au ravitaillement… »

4 juin 1917 carte de correspondance des Armées de la République à sa mère
« …J’ai été voir la tombe de M. Pillon. Il n’y a d’ailleurs aucun danger les Boches ne tirant plus jusque là… »

5 juin 1917 lettre à son fils Georges
« …J’ai été hier l’après midi porter un bouquet sur la tombe de M. Pillon. Malheureusement il fanera vite avec ce temps car il fait une chaleur torride… »

8 juin 1917 lettre à sa mère
« …Madame Pillon veut venir ici si elle peut obtenir l’autorisation. Je la conduirai sur la tombe de son mari. J’ai été il y a quelques jours pour lui porter un bouquet. Les journaux de Dinan sont pleins d’éloges sur lui. Il est vrai qu’il les a mérités… »

12 juin 1917 lettre à sa mère
« …Madame Pillon a demandé à venir ici. Je l’accompagnerai dans sa visite au cimetière… »

Remarque: On peut se demander si ce n'est pas François Bois qui a pris la photo de Mme Pillon et de son fils autour de la tombe ? 

Dimanche 8 juillet 1917 lettre à son fils Georges

« …Comme toi j’aurais voulu pouvoir assister Mme Pillon au service de son mari, non pas au point de vue religieux, mais comme ami de ce pauvre Pierre… »

dimanche 27 octobre 2013

L'enquête sur le poilu Pierre Pillon


                                 Pierre Pillon, 25ème régiment d'infanterie




Plaque commémorative concernant Pierre Pillon, instituteur à l'école de garçons de Dinan.
C'est le départ de l'enquête sur ce poilu . Cette plaque pourrait être replacée en 2014 sur son lieu d'origine (sur le haut de l'esplanade de la bibliothèque). La proposition a été faite au maire de Dinan René Benoit.

(vidéo ci-dessous  qui présente le concours)

http://www.dailymotion.com/video/xnmhmo_les-petits-artistes-de-la-memoire_creation

Ouest-France

                                                                  Le Petit Bleu 
(Vous pouvez voir les commentaires et en écrire un sur le site du Petit bleu à la suite de l'article)
              http://www.le-petitbleu.fr/2013/10/19/la-garaye-sur-les-traces-du-lieutenant-pillon/



                                                             Le Télégramme



                 Ci-dessous, quelques objets apportés en classe par M.Le Meur et M.Piéto
                                                   


                                        Képi français et casque à pointe allemand


                                                        Uniforme français


                                                                    Casque allemand



                                                            Barda d'un soldat français


Un album de photos reprend l'essentiel des documents de ce blog: https://picasaweb.google.com/rfortat/LieutenantPierrePillonDinanGuerre1418ClasseDeCM2RichardFortatEcoleDeLaGaraye


Le 1er novembre, Richard Fortat (à droite) a rencontré le petit fils de Pierre Pillon  après l'avoir contacté au téléphone. Jean-Pierre Pillon a bien voulu prêter de nombreux documents de famille (portraits, photos des tranchées, correspondances...) pour que les enfants puissent poursuivre leur travail de mémoire. 




Une partie de la correspondance de Pierre Pillon à son fils et à sa femme.


Les élèves de CM2 ont tenu à écrire à M.J.P Pillon pour le remercier et lui transmettre quelques impressions sur leurs recherches. Quelques extraits...

Cher Jean-pierre Pillon,
merci beaucoup de nous avoir prêté tous ces documents […] nous avons maintenant des informations d' il y a cent ans...
 Louna

....Sans ces bouts de mémoires, nous n'aurions jamais pu reconstituer les fabuleux souvenirs de votre ancêtre Pierre Pillon.
On s'occupera avec le plus grand soin de vos documents de famille.
Zacharie

.....Nous avons découvert que votre grand-père avait fait plusieurs actes héroïques. Nous avons lu des documents dans les archives municipales et nous avons trouvé la date de naissance de votre grand-père et de ses deux enfants.
Mathis

....Nous vous promettons de ne pas abîmer vos objets qui ont plus de cent ans et qui j'espère dureront cent ans de plus !
Charlotte

....Ma classe et moi faisons très attention à vos documents et sommes impressionnés que ça soit à peu près en bon état.
Juliette

....J'espère que cela vous plaît que nous menions notre petite enquête sur votre grand-père.
Anouck .B

....Moi je trouve que votre grand-père a été très courageux parce qu'il s'est sacrifié pour ses combattants en recevant une balle dans la tête.
TOM

....Nous sommes très fiers d'avoir autant de documents à la fois. Nous avons eu plein d'informations, ce qui nous arrange bien.
Malo
                                       

                                        Cette recherche sur la Guerre 14-18 est aussi une occasion pour être  particulièrement motivés  le 11 novembre.                    
                               Ci-dessous, les 14 CM1 et CM2 de La Garaye au défilé du 11 novembre 2013  à Dinan. Les parents et les enfants ont bravé la pluie pour cette journée du souvenir.


Avant d'aboutir au document final de 30 pages sur le lieutenant Pillon, les enfants de la classe de CM2 de l'école de la Garaye à Dinan doivent passer par de nombreuses étapes :
-s'informer sur la guerre 14-18 en rencontrant des spécialistes comme M.Le Meur et M.Pieto (voir les 3 articles)
-visiter à Dinan des lieux (monument aux morts, cimetière, église ST Malo avec vitrail et plaque, état  civil à la mairie, bibliothèque municipale pour les journaux d’époque)
-mener l’enquête pour trouver  les renseignements (archives municipales, Sites Internet....)                   -lire des documents d’époque et en retenir des extraits (lettres de Pierre Pillon à son fils, à sa femme)
-lire des romans (ceux de la  classe et  d’autres titres  de la bibliothèque municipale)
-faire des fiches sur les romans lus (consigner les critiques dans un cahier: les plus appréciés sont "Marraine de guerre, le journal d'Adèle, carnet de poilu, l'or et la boue")
-voir des extraits de films
-faire un cahier avec des documents sur la mémoire familiale
-en géographie, établir des cartes à différentes échelles, situer les lieux des batailles de P.Pillon (avec Google earth)
-écrire des lettres, des cartes « à la manière d’un poilu » (voir ci-dessous
-écrire une biographie de Pillon
-pour dessiner : trouver des illustrations de son parcours (villes, lieux…), de son uniforme, de la vie dans les tranchées…
-communiquer avec les autres classes, les parents, la mairie, l’ONAC, les autres écoles. L'article pour le journal des écoles de Dinan (le Garufon) publié en janvier 2014 a permi à 500 familles de connaître le travail mené sur Pierre Pillon.


     Correspondance entre Pierre Pillon et son fils Jean.











Quelques exemples de textes écrits par les enfants qui se mettent dans la peau d'un poilu ou d'une marraine de guerre:

20 février 1915 Verdun
Chère marraine
Je t'écris dans les tranchées.Il fait très froid ici et les rats n'arrangent rien! Les boches n'ont pas arrêté de nous envoyer des obus. Je suis triste car François est mort et Jean a été blessé à la jambe par un obus.J'ai beaucoup aimé le chocolat que vous m'avez envoyé et aussi la confiture.
Depuis 3 mois j'attends ma permission. Hier j'ai joué aux cartes avec Pierre, il m'a battu, comme toujours.On dort mal sur nos paillasses pleines de boue.
Je dois te laisser car les boches se sont réveillés.
J'espère te voir bientôt
                               Votre poilu Bernard G.


                                                 

Le 12 Décembre 1917 Verdun
Chère marraine
Aujourd'hui, il pleut beaucoup, il y a beaucoup de boue sur le champ de bataille. J'ai dormi avec les rats et les souris; certaines m'ont uriné dessus. Il ne cesse de tomber des obus, j'ai peur. Nous sommes aux alentours de Verdun. Les boches gagnent du terrain, Nous avons perdu beaucoup d'hommes. Mon meilleur ami est mort cette nuit. 
J'AI HATE DE RENTRER POUR NOËL !!!!!
                                                       Louis. E

Dinan 25 décembre 1914
Cher filleul
je ne t'avais pas écrit depuis longtemps tout va bien pour toi?
La ville n’arrête pas de parler de la guerre et des morts.
Mme Conérame a eu une lettre et deux soldats sont venus lui dire que son mari était mort. Fais que ça ne t'arrive pas. Tu me manques. Je t’envoie aussi ton cadeau de Noël. J'espère que ça te plaira! Quel temps avez-vous ? Que voudras tu faire à ton retour ?
As-tu bien dormi? Et reviens vite!!!
                                                         Gros Bisous
                                                          Lucienne   


1917, 3 septembre, sur le front
Chère marraine,
Aujourd'hui au petit déjeuner, j'ai dû manger un rat pour prendre des forces. A part cela, les repas se limitaient à un café et du pain. Le pain était dur comme la pierre et le café avait un goût d'eau. Un de mes camarades est mort à cause des microbes dans l'eau. L'autre a trouvé des insectes dans le pain. Il faut vraiment se demander ce qu'ils nous font manger. Merci pour la nourriture que tu m'as envoyée. Les sardines étaient fraîches.
A propos, un aéroplane Boche est allé dans les airs pour prendre des photos de nos boyaux.
On aurait bien aimé le canarder, mais il se tenait à portée de nos armes. On l'appelle le canard… petit nom. Autrement, ces mitrailleuses n'arrêtent jamais de tirer. On dirait qu'ils ne tombent jamais à court de balles. Je vais attaquer ce soir. J'ai peur. Je ne sais si je vais survivre. On se préparait il y a cinq minutes. Un de mes amis est mort. Une balle dans la tête. C'était Pierre Pillon. Il me manque bien celui-là... Les derniers mots qu'il a dit résonneront à tout jamais dans ma tête...
       Sur le no man's land, il n'y a rien qui pousse sauf ces jolies fleurs que je t'envoie. Les arbres sont rabougris et dans les ronces on trouve des espions carbonisés. On trouve des gens sur des arbres, bien sûr qu'ils sont morts, mais on dirait qu'ils se plaignent à Dieu, lui demandant d'arrêter cette guerre idiote, essayant de récupérer leurs âmes. Le sol est aspergé de sang et de têtes, des armes aussi... C'est comme si une tornade était passée et avait laissé des débris sur son passage. Les colombes sont toutes parties, on dit. On dit que cette guerre sera sans fin, mais au debout de cette boucherie, on pensait que ça n'allait que durer quelques jours ! Que j'aimerais tout oublier et venir te sauter dans les bras !
Autrement, il y a des choses bien qui se passent au front quand même, et je me suis fait beaucoup d'amis qui sont très gentils...Même qu'Adrien m'a donné un bout de son gâteau. C'était très bon. Maintenant, le chef va distribuer les permissions. Je viendrai te voir !
                                                               André B  
 

Voilà maintenant le texte du livre terminé en avril 2014

Pierre Pillon, un soldat en 14-18


Je m’appelle Jean Pillon, je vous présente tout de suite mon père car c’est son histoire que je vais vous raconter.
C’est la première bataille le 22 août, une terrible bataille et à l’appel le soir 1200 hommes manquent, beaucoup d’officiers aussi sont morts (extrait de l’histoire du 25èmeRI).

Il envoie des photos comme celle où il regarde les lignes ennemies, bien caché derrière des murs solides faits avec des briques qu’ils ont repris d’une vieille maison.

Papa écrit beaucoup comme ça je peux savoir comment ça se passe pour lui. Il m’écrit que la nourriture n’est pas bonne, contrairement à celle de maman.
Moi, je n’aimerais pas être à sa place !
Moi, je n’aimerais pas être à sa place !


Pierre Pillon est né le 18 octobre 1881 à Eréac dans les Côtes-du-Nord. Sa mère s’appelait Adèle Nicolas et son père s’appelait lui aussi Pierre, il était instituteur. Plus tard, il se marie avec Marie-Françoise Lucas à Pluduno en 1907, il fait la classe dans cette commune  d’octobre 1900 à Août 1907. Moi je suis né le 2 juin 1908.

En 1907, mon père est nommé à l’école des garçons de Dinan et ma mère à celle des filles de la rue de la Garaye. C’est à la maternelle de cette école que j’irai en 1910.
Nous habitons dans les étages de l’école Chauffepieds où ma mère travaille à partir de 1908.

Mon père a la classe du cours élémentaire. Dans sa classe de CE2, il y a 40 élèves, c’est beaucoup ! Il a comme directeur M. Honoré le Dû. C’est une belle école avec des tilleuls dans la cour mais mon père ne va pas y rester longtemps !

Au début du mois d’août 1914, la guerre est déclarée. Mon père avait fait son service militaire à St Malo du 14 octobre 1902 au 12 septembre 1903 au 47ème  Régiment d’Infanterie. Il a maintenant 33 ans. Nous sommes le 12 août et il part de la gare de Dinan pour rejoindre le 25ème Régiment d’Infanterie à Cherbourg.
Nous étions si heureux tous les trois ! Il va nous manquer et on va lui manquer aussi…Maman est fatiguée, elle va bientôt accoucher. Papa ne sera pas là à la naissance du bébé qui arrivera le 21 septembre 1914… Mais il faut défendre la Patrie !
….Dans le régiment de papa il y a 3307 hommes, lui est soldat de 2ème classe.
  
Sur une autre photo, il est avec ses camarades au fond d’un trou formé par une bombe. On le reconnaît bien au milieu, avec sa moustache.

Je n’ai que 6 ans mais moi aussi, je lui écris.
J’ai reçu une lettre le 16 novembre 1914. Papa me dit que c’est gentil que je pense à lui. Il me recommande d’être bien sage et obéissant sans cela il ne me rapportera pas un beau casque à pointe, un casque de boche. Il le garde dans son sac.
21 décembre 1914. « Nous avons tué beaucoup de Prussiens et nous avons fait beaucoup de prisonniers. Tu en verras peut-être arriver quelques uns à Dinan. En as-tu vu quelquefois ? »

23 décembre 1914 « C’est demain que le père Noël fait sa tournée dans les cheminées et qu’il met des jouets dans les sabots des petits enfants sages…Tu me diras donc ce que tu as trouvé dans tes sabots… »
4 janvier 1914 « J’ai vu les boches qui travaillaient dans leurs tranchées. Nous sommes tout près d’eux et je vois très bien briller leurs casques à pointes. »
11 janvier 1915 « Je reviens des tranchées mais je ne suis pas très beau. Je suis couvert de boue et je te ferais peur si tu me voyais dans cet état…»

J’ai envoyé une carte avec un aéroplane. Papa m’a répondu le 13 janvier 1915 : «Les aéros des boches s’appellent des taubes, quand nous les voyons nous nous cachons parce qu’ils nous enverraient des bombes »

Un jour il a écrit quelque chose de terrible : « j’ai tué mon premier boche…je n’étais pas habitué à tuer des personnes à l’école… pas habitué à voir des corps par terre, la première fois ça m’a choqué… »

21 janvier 1915 « J’ai bien reçu ton courrier ce matin. Les mandarines et les dragées étaient délicieuses…Ce soir quand il va faire nuit j’irai encore dans mon terrier, il n’y fait pas bon tu sais car il pleut tous les jours, et puis il y a un boche qui nous envoie toujours des coups de fusil. Nous l’appelons Dominique…Il est je crois dans une des maisons de Beaurains. Ces jours-ci les maisons sauteront alors tu parles, qu’est-ce qu’il prendra le pauvre Dominique !
23 janvier 1915: « Dominique est toujours caché dans son petit coin et toujours le bougre nous envoie des coups de fusil »…
25 janvier 1915 : « Nous avons mis le feu dans les maisons de Beaurains. Je crois que Dominique a grillé comme une saucisse ! »

7 mars 1915
Mon petit Jean,
J’ai bien reçu ta lettre hier soir. Tu me racontes que tu as joué à la guerre avec tes camarades mais mon petit caporal, as-tu fait des prisonniers, as-tu tué des boches ? Tu n’en parles pas ! As-tu creusé des tranchées, es-tu en première ligne ou en seconde ligne ? Je ne peux te trouver de casque.
Ces jours-ci quand nous cognerons sur les boches nous en aurons tout plein.
Je t’embrasse bien fort mon gros Jeannot
Ton papa qui t’aime bien

20 août 1915 : « Me voici en pleine forêt, dans une grande forêt où on ne rencontre plus de loups, mais où il y a beaucoup de boches.
Je me suis battu plusieurs fois depuis mon arrivée ici et le terrain est couvert de cadavres boches, de fusils, de sacs, de casques, tout cela parmi les arbres que les obus ont brisés…. »

On le décrit en 1915 comme « sérieux, consciencieux et calme, intelligent et énergique, bon officier, brave ». Il commande une section. C’est un peu comme dans sa classe mais là c’est la guerre.
Il est nommé sergent le 5 juin 1915, puis à titre temporaire sous-lieutenant le 23 juin.
Ses chefs apprécient son comportement. Le 30 juin 1915, il est cité à l'Ordre de la Brigade : " Se présente constamment comme volontaire pour chercher les blessés sur le champ de bataille. S'est particulièrement distingué les 3 et 11 juin en ramenant plusieurs blessés"

Je suis inquiet car papa est blessé à la main gauche par un éclat d’obus. Nous sommes le 19 juillet 1915. J’ai peur que sa plaie s’infecte. Mais quand il envoie sa photo dans son lit et qu’il est convalescent je me dis qu’au moins il n’est pas dans les tranchées à risquer sa vie…


Papa a encore été blessé mais le 3 janvier 1916, rentré de convalescence, il est réaffecté à la 7ème compagnie. Il retrouve les autres officiers du 2ème bataillon : Brunet, le lieutenant et Colin, l’autre sous-lieutenant comme lui.
Ce qui doit lui remonter le moral c’est que le 31 août, il est cité à l’ordre du régiment : " A dirigé le 30 août 1916, avec bravoure, intelligence et sang-froid une reconnaissance périlleuse de la ligne ennemie ; a rapporté des renseignements précis. "
Les rares moments où papa n’est pas dans les tranchées, c’est qu’il est blessé ou qu’il revient en permission à Dinan. Ce n’est pas assez souvent mais on passe de bons moments. On va au kiosque à musique de la place Duguesclin ou on se promène le long des remparts.
En septembre 1916, le régiment se déplace pour l’offensive de la Somme à Chilly. C’est une terrible bataille et ce n’est pas fini.

Ses camarades sont tombés un par un au combat dans les bombardements sur le village de Méharicourt. Brunet est tué le 6 août et Colin blessé grièvement. Alors en octobre 1916 il prend le commandement de la 10ème compagnie du 3ème bataillon; Il reçoit encore des compliments : « d’un jugement droit et sûr, payant de sa personne, montrant l’exemple en toutes circonstances… »
En janvier 1917, pendant 5 semaines, le régiment de papa est au camp de Crèvecoeur-le-grand, dans la neige et le froid. Parfois il fait 10 degrés en dessous de 0. Ensuite il faut aller en Champagne, dans le secteur de Prosnes, au Mont Cornillet.

Le 21 mai 1917, la 10ème compagnie participe à une nouvelle offensive sous le feu des mitrailleuses allemandes. Elle est en première ligne. Elle atteint son objectif mais doit se replier devant une contre attaque immédiate…Elle perd ainsi une bonne partie de son effectif. Tout le monde ne revient pas, surtout la personne qui compte le plus au monde pour moi.
Le lieutenant a été tué !
C’est le sous-lieutenant Désiré qui prend provisoirement le commandement de la compagnie.
Pierre Laveissière, lieutenant, Arthur Lemière, brancardier et Charles Hamon, soldat de 2ème classe sont les trois témoins de sa mort  sur le champ de bataille à 4 heures, ce 21 mai 1917 à Prosnes dans la Marne..
La tombe de papa est provisoirement creusée, pas très loin du front, nous sommes allés la voir avec maman. Plus tard on rapportera son corps à Plancoët…

Dans le journal de Dinan, il y a eu un petit article pour parler de sa disparition….

Le 23 mai, avec 18 officiers et 460 hommes en moins, le régiment quitte la région des Monts, se repose pendant trois semaines et part pour Verdun.
L’enfer, toujours l’enfer ! Beaucoup vont tout droit vers la mort !

Avec mon frère, nous avons été adopté par la nation le 2 octobre 1918, c’est ce qu’on dit pour les orphelins quand votre père a été tué à la guerre. Un mois plus tard, le 11 novembre 1918, c’était l’armistice….Enfin ! Mais à Dinan 273 soldats sont morts à cause de cette guerre. Ils auront leur nom sur le monument aux morts inauguré en 1922.
….. Maintenant maman s’habille tout en noir.

Je me suis rendu compte plus tard en lisant l'historique du 25ème R.I. que papa était un peu célèbre. On parle de lui au moment de l'attaque du Mont Cornillet le 21 mai 1917: « Pendant quatre heures, malgré l'hécatombe terrible, officiers et soldats rivalisent d'ardeur et de ténacité. Le lieutenant Pillon, commandant la 10ème compagnie, trois fois blessé, continue ses tentatives d'approche jusqu'à ce qu'il soit tué par une balle dans la tête. C'est ce brave qui, la veille, avait répondu à celui qui lui faisait remarquer sa ténacité dans ses reconnaissances personnelles en avant des lignes : " Je ne m'exposerai jamais assez si j'évite la perte d'un seul de mes hommes. »

Le 28 novembre 1919, papa a reçu la Croix de Chevalier de la légion d’Honneur.  Le colonel Rauch, commandant le 25ème RI, a écrit plein de compliments sur lui….
Il nous reste aussi son grand portrait. C’est un montage que M.Dubois de Dinan a fait. Il a utilisé une photo d’identité et la médaille a été ajoutée.
A l’école des garçons, la mairie de Dinan a fait poser une plaque en marbre pour qu’on se souvienne de ce courageux soldat ….
Peut-être qu’un jour, dans bien longtemps, on se demandera qui était Pierre Pillon ? 
Qui leur répondra ?